Et pendant qu’elle me souriait lentement, je cherchais avec ferveur un moyen de ne pas briser cette conversation si étrangement enclenchée. Je me suis mise alors, sans trop m’en rendre compte, à lui raconter mon histoire, la vie que je n’ai jamais voulu avoir, les morts que je n’avais jamais voulu voir, les proches que je n’ai jamais voulu perdre. Comment tout s’était accumulé, jusqu’à m’accabler, me pousser au pied du mur, ou plutôt en haut de ce toit. Les mots se déversaient, semblable à un vomi informe. Un reflux acide de mal être génétiquement non modifié. Oui, je lui racontais tout, sans omettre le moindre détail, la moindre faille ou blessure. Et de temps en temps, par pure besoin de me rassurer, mes yeux transperçaient les siens, s’assurant de sa présence l’espace d’une autre minute. Elle m’écoutait toujours. Des soupçons de gestes trahissaient sa parfaite attention.
Au bout de cinq minutes, le prénom de Cale écorcha mes lèvres desséchées. J’en sentirai presque le sang s’échapper. Mais il n’y a pas de sang comme il n’y a pas de nous. Lui et moi. Moi et lui. J’étais trop jeune, il était trop ignorant. Il m’a laissé partir, je l’ai laissé me quitter. Alors qu’il avait été cette première personne à m’aimer pour moi-même.
Et il était revenu. Je lui avais couru après en oubliant de m’arrêter. On prend les mêmes et on recommence. Pathétique. Je sais.
-Et toi ? Lançai-je vidée.




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