Et je sais, je sais amour, que si tu
savais, si tu savais que plus tes doigts glissent sur mon corps,
plus ton visage disparait laissant place aux amers regrets de ce
que plus jamais je ne pourrais toucher… Les aimables formes,
le chaos indéterminé de celui qui fut ma plus grande erreur, ma
plus belle bêtise… parce que oui là je me souviens pas de
son corps, pas de son nom, juste de son existence. La certitude
d’avoir aimé, d’avoir aimé au-delà du possible, au-delà
de la frontière, sais tu seulement ce que c’est, toi qui
délie mes souvenirs de ta langue… Les vapeurs me reviennent,
les mélanges d’éther, les odeurs males presque épicées
d’un corps, non au-delà du corps d’une âme que
j’ai laissé entrer en moi, me dérober à moi-même pour arriver
immaculée de sang aujourd’hui entre les doigts d’un
autre cauchemar, d’un nouvel amour, d’une nouvelle
histoire d’emprise dont me voici la pauvre éprise, non plus
ironique je ne suis que la prise volontaire. Pénètres moi, délie ma
langue, délie moi, lies moi à toi pour que je survive au jour
suivant. Mon dos qui se cambre sous la paume de ta main, je ne me
souvenais pas de tant de douceur, serait une autre main, serait ce
le souvenir de mon meurtrier. Lui, il m’aimait à me faire
saigner. Il m’aimait à souffrir… Il m’aimait
mieux, il m’aimait différemment avec la fougue que créée
l’urgence, avec la retenue suffisante pour faire haleter mes
désirs les plus profonds. Il m’aimait comme un diable et toi
mon ange, tu me le rappelle…
Tes lèvres
réclament, elles envahissent les miennes.
elles imposent,
elles prient, elles espèrent sur les miennes mortes d’amour
qui ne s’épanouissent que entrelacées dans les tiennes.
L’odeur du sang qui me revient, elle aussi, un baiser, le
premier, je crois, je ne sais pas, sur le marbre, tout parait
clair, la lune éclaire, ta beauté ensorcelée faite pour susciter le
désir… mais jamais les fantômes ne se taisent et sous mes
gémissements, dans ma bouche, je sens l’odeur excitante du
sang, le sien, celui du passé… celui des baisers
ensanglantés où j’aimais à mordre, à gouter jusqu’au
sang l’intériorité d’un autre… Et comme le désir
est une longue plainte absente ou l’on croit être deux quand
on est qu’un, je te quitte, Jason, pour m’adonner
pleinement au souvenir, au sourire du fantôme. Sais tu sur quelle
tombe tu me baises, sais tu que c’est le premier cadavre
d’une longue série. Sais tu que j’ai tué l’homme
qui gis sous moi, le premier cadavre, le plus simple… Et
après le cadavre m’a mené à l’amour…
l’amour haineux, l’amour passion, l’amour
perversion… l’amour sans état d’âmes, celui qui
t’ôte de toi pour écrire deux quand tu étais un, qui détruit
deux êtres pour n’en créer plus qu’un, l’amour où
jamais il n’y a de dominant, jamais non plus de dominé.
L’amour qui fais la différence entre baiser comme je te
laisse me baiser, comme tu te laisses baiser par moi, et faire
l’amour, créer la symbiose. Toi, mon pale fantôme, toi Jason,
tu n’es pas la réalité, pas ma réalité, oh si tu
l’es… Oh mon incohérence, viens t’écrire encore,
viens créer la différence…
Pauvre pécheresse, pauvre
enfant que je suis, rends moi à ma naissance, rends moi à lui.
Pauvre folle, j’aimerais devoir ne pas t’aimer,
j’aimerais ne pas l’aimer lui, ne pas vouloir retrouver
jusqu’à son essence, jusqu’à sa trace dans celle que tu
dessines en moi… J’aimerais ne pas te posséder, ne pas
t’emmener dans mes nuits noires, te donner juste le beau,
juste l’exquis mais je sais tu me le dirais mes noirceurs
sont plus belles dans leur vérité que le plus beau des mensonges,
le plus beau des rêves. Lis en moi, étends toi, prends toute la
place, efface le… efface son nom, efface ce que je ne sais
pas, ce que je ne veux pas savoir. N’efface rien, créée
encore… d’un cycle à un autre, effacer,
recréer… Un beau trio, toi, moi, et un fantôme, un pauvre
souvenir à l’indéniable présence dont mon corps plaide avec
la plus grande véhémence le désir et au-delà du désir les
sentiments, l’amour…
Ne t’arrêtes pas
amour, ne te retire pas, laisse encore s’épanouir la douleur
de ta beauté, la douceur de ton existence, le vide de son absence à
lui, l’autre… l’instigateur de tout, celui qui
derrière attends pour te poignarder, Jason, si tu savais, je lui
tendrais le couteau sans la moindre hésitation et je sais, que de
ses doigts expert il te viderait de tout pour m’avoir, me
posséder, pour te punir de m’avoir possédée, et de mes
larmes, tu sais je te guérirais, je t’élèverais, je te
monterais au plus haut rang, te donnant tout ce que je ne
posséderais jamais. Ce serait un beau rêve, une belle histoire, je
t’aimerais, je lui ferais l’amour. Il te haïrait, tu le
lui rendrais sa haine. Je serais sa muse, je l’aimerais et tu
m’en voudrais… Un beau trio, qui n’aurait pas
existé de toute façon, qui n’existait que parce qu’il
me plaisait de le créer, un dernier lien entre le passé et le
présent… Je t’avais surement choisi pour ça Jason
Cavanno, et j’en étais désolée… Tout était si
épuisant, jusqu’à t’aimer, surtout t’aimer en
fait. Mais je ne mentais pas quand j’osais prononcer mon
amour, non, tout était vrai même ce qui indéniablement allait
suivre.
Nous avions fait
l’amour à même le marbre, je gisais ivre sur la pierre, tu
affichais un sourire béat, des yeux tristes, tu ne demandais rien,
seul ton corps exprimait le désir encore… et posait
silencieux le verdict, l’indéniable question. Et nous sommes
restés là nus sur le marbre à regarder la nuit s’éteindre, le
jour se consumer de bout en bout, l’un dans
l’autre… Puis ce fut la nuit dans mes yeux, pas dans
mon rêve, l’ange était là, beau diable… l’allure
négligée, le teint blafard, le regard aiguisé à l’affut
traquant sa proie, un large sourire sur les lèvres sincère, vrai
qui s’offrait à moi. Ton corps nu, étendu, immortel qui
fascinait le mien, l’attirait, le dessinait… Tes
doigts sur ma peau, le long de mes reins, ta bouche qui baise mon
front, mes joues, mon cou, chaque parcelle de ma peau… mon
murmure non pas sur la bouche qui s’étoffe dans un rire
délicat auquel tu réponds… La pièce nimbée de blanc, deux
corps dans des draps blancs mes doigts qui passent dans tes cheveux
noirs, mes yeux perdus dans les tiens, à nouveau ton rire triste,
mon pauvre enfant perdu. Tes lèvres toujours plus violentes,
toujours plus indécentes qui brisent le sceau des miennes, tes mots
qui s’échouent en milles et unes corolles le long de mon
corps… De ton corps à mon corps, le rêve
passe…
Je
t’aime … plus une interrogation qu’une
affirmation, rends moi mon amour beau diable, dis les donc les mots
qui fâchent, dis les encore, écris les, ne me laisse jamais
oublier, n’oublie pas comme je
t’aime…
A la vie à la mort…
une dernière fois, une dernière voix sortie de la
nuit…
Le matin, la fraicheur
morose, Lake Geneva, des draps de motel, une odeur evanescentes et
des pleurs… Jason… Jason…
Mon ange me regarde le
regard nimbé de larmes, un paquet à la main… un doigt, une
bague, Cassandre… je reconnais la bague, le vernis sur le
doigt…
« le prix de ton
insolence. » Pas de signature, juste ces mots… une
écriture vaguement familière. La mafia, évidemment, une évidence.
Et le beau diable dans tout ça ?
Jason me regarde il
ajoute :
-Tu gémissais dans ton sommeil,
tu as parlé d’un Dylan, en fait tu as dit Je t’aime
Dylan et hier sur le marbre tu l’as répété plusieurs fois
pendant que je… tu as dit Dylan pas Jason… je ne
t’en veux pas… je… je t’aime… mais
je me demande combien tu m’aimes et je me dégoute de te
demander. Je ne pleure pas pour le doigt, je m’en fiche, je
pleure pour toi… pour nous… pour ce qui
t’arrive, ce qui risque de t’arriver. Je vais appeler
ma mère, on va te trouver un endroit pour te protéger, je resterais
avec toi ou pas comme il le faudra, peut être qu’il serait
plus prudent que je reste ici pour laisser de fausses pistes mais
dis moi, combien tu
m’aimes ?
-Je t’aime
d’un amour qui ne se quantifie pas, je t’aime à rester
debout, à ne pas te quitter, à ne pas être assez stupide pour te
mentir, pour te dire que je t’aimerais toujours, que je
n’en ai pas aimé d’autres, que je ne penses pas à
d’autres, à cet autre, si c’est bien le diable de mes
rêves. Je t’aime, toi, là maintenant, demain, je te le dirais
quand demain viendra. N’est ce pas
suffisant ?
-Si… ça
l’est. Je voulais juste, je voulais… rien, je savais
déjà, je voulais que tu le dises parce que moi je t’aime à
vouloir te posséder, à vouloir que tu me possèdes, à te garder en
vie. Ma mère a des relations, on va s’en
servir.
-Non, je ne fuirais pas.
J’ai trop couru, je suis épuisée… je veux savoir. Mais
si ta mère peut nous aider sur ce point, je t’aime aussi à te
garder en vie et à rester en vie pour toi, mais je dois savoir,
pour t’aimer pleinement.
Je sais, il est beau le
chantage. Pardonne-moi, amour. Mais je dois savoir.